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Comment assiéger une forteresse médiévale

Lorsqu'on évoque la guerre au Moyen-Age, on a tendance à imaginer d'immenses champs de bataille à ciel ouvert, des hordes de cavaliers chargeant l'ennemi et des soldats en armures s'affrontant dans des corps à corps sanglants. On pense à la bataille d'Hastings ou d'Azincourt. Celles-ci sont des exceptions. En réalité, la guerre au Moyen-Age est plutôt une succession de sièges nécessitante un haut degré de technicité. Les belligérants développent des stratégies et des armes de plus en plus sophistiquées, si bien qu'au milieu du 12ème siècle, la guerre de siège est devenue une véritable science confiée à un corps spécialisé : les ingeniatores

En France, dès le IXe siècle, l'édit de Pîtres encourage la construction de forteresses pour faire face aux invasions scandinaves qui menacent les régions occidentales. En Angleterre, Guillaume le Conquérant initie un ambitieux programme de construction de châteaux forts, après la victoire d'Hastings en 1066.
Durant tout le Moyen-Age, en Europe et au Moyen-Orient, la forteresse est le symbole matériel du pouvoir seigneurial. D'abord fragile construction de bois érigée au sommet d'une motte, le fort évolue jusqu'à se transformer en une forteresse massive et capable de résister à de puissants assauts. Les techniques de sièges se développent parallèlement.
A la fin du Moyen-Age, il est rare qu'une campagne militaire se termine sans que les troupes n'aient assiégé au moins un château. Si les Anglais remporte une victoire éclatante à la bataille de Crécy en 1346, il leur faut attendre la fin du siège de Calais (qui dure 11 mois) pour obtenir une avancée significative contre les Français.
Jusqu'aux alentours de 1100, les assaillants se contentent d'utiliser leur puissance de feu pour percer les murailles ou d'affamer les défenseurs en organisant le blocus. Du 12ème au 14ème siècle, les belligérants concentrent leurs investissements sur d'énormes machines de guerre (Catapultes, Trébuchets, Onagres, Pierrières, Couillards, Balistes, Mangonneau, etc); et, dans le même temps, ils établissent un véritable protocole d'attaque (la poliorcétique) où rien n'est laissé au hasard.

1- Entamer des pourparlers
Assiéger un château est une affaire plus compliquée qu'il n'y paraît au premier abord car il ne suffit pas de bombarder les remparts puis de s'engouffrer dans la brèche. Le siège médiéval est un processus minutieusement chorégraphié mis en branle uniquement lorsque les autres stratégies ont échouées. Il faut d'abord lever une armée et organiser la logistique (notamment le transport des armes d'assaut). Tout cela coûte très cher et les chefs militaires préfèrent souvent abandonner la partie que de s'embourber dans un siège dont les chances de succès ou les retombées sont dérisoires.
La négociation est encouragée et il faut savoir faire acte de repli honorable quand la nécessité l'impose. Si les pourparlers échouent, les assaillants déclarent le début du siège grace à un signe symbolique.
Au siège de Rhodes en 1480, par exemple, les forces musulmanes hissent un drapeau noir pour avertir leurs adversaires que l'attaque va commencer. Les assaillants lancent ensuite des javelots et des flèches sur la porte du château afin de signaler leur intention d'y entrer. Ensuite, comme c'était la coutume au Moyen-Age, les tirs de cannons ont marqué le début des vraies hostilités.

2- Organiser la logistique
Les généraux s'assurent d'abord du recrutement des meilleurs archers du royaume, de charpentiers , forgerons, sapeurs et ingénieurs qualifiés. Si c'est le roi qui conduit le siège, il s'enquiert auprès de ses vassaux (seigneurs et chevaliers) du nombre d'hommes en armes que chacun peut fournir. Il faut également faire le plein de nourriture, matériaux et bestiaux. Les assaillants établissent leur campement et construisent des défenses à distance raisonnable des murs du château. Les ingénieurs sont ainsi à l'abri pour monter les machines de guerre. Pendant ce temps, une partie des troupes sillonnent les campagnes environnantes afin de recruter d'éventuels dissidents au pouvoir en place, s'assurer le soutient des propriétaires terriens et des paysans qui pourront fournir ressources et denrées. Les soldats convainquent les plus réticents d'entre eux en incendiant leurs champs et leurs maisons.
Le siège du château de Bedford en 1224 par Hubert de Burgh (au nom du roi Henri III) est un exemple connu. Dans un premier temps, l'archevêque de Canterborry, qui était l'avocat du roi, excommunie les garnissons des assiégés afin de saper le moral des troupes. Pendant ce temps, les attaquants réunissent la main d'œuvre , les vivres et le matériel nécessaires : près de 19000 arbalétriers, du fer, des peaux, du charbon, du bois, des maillets et même des épices. Le roi s'assurent que les tentes sont installées, que les engins de siège sont prêts et que les canonniers sont postés près des machines.

3- Constituer une ligne de défense
Les attaquants construisent des lignes concentriques autour du château, constituées de palissades de bois, de tours de siège et de fossés.
Lors du siège de Château-Gaillard en 1203-1204, Philippe Auguste fait construire un double fossé de circonvallation hérissée de 14 Beffrois.

4- Combler les douves
Pour accéder au mur d'enceinte, les assaillants peuvent combler le fossé qui l'entoure grâce à de la terre, des branches d'arbre, d'ajonc, de bruyère... bref, tous matériaux disponibles aux abords de la forteresse. Une autre alternative consiste à passer à guet ou à naviguer sur une péniche jusqu'à la cour extérieure du château.

5- Escalader les murailles
Les assaillants commencent d'abord par escalader les murailles à l'aide d'échelles ou de cordes. La technique consiste à grimper le plus vite possible et à sauter sur les créneaux. A l'arrière, archers et arbalétriers doivent couvrir leurs camarades afin de faciliter leur périlleuse ascension. Ils se cachent généralement derrière un grand bouclier de forme ovale ou rectangulaire, appelé Pavois. L'escalade doit débuter en plusieurs points simultanément afin de détourner l'attention des défenseurs et, si possible, les submerger.
Au siège de Caen en 1346, Sir Edmund Springhouse glisse de l'échelle et tombe dans le fossé. Les soldats français réplique en jetant de la paille sur l'ennemi et y mettant le feu à l'aide de flèches. Springhouse meurt, brûlé vif.
Toujours au 14ème siècle, pendant le siège de Smyrne en Turquie, l'un des assaillants escalade l'échelle. Arrivé à mi-hauteur, il retire son casque pour évaluer le chemin qu'il lui reste à parcourir. Une flèche tirée depuis le haut des remparts met définitivement fin à sa progression vers le sommet.
Pour se faciliter la tâche, les assaillants peuvent utiliser un beffroi. Il faut d'abord le protéger des produits inflammables grace à un revêtement en peau ou de pièces métalliques.
Au siège de Kenilworth en 1266, une seule tour transporte 200 archers et d'installer 11 catapultes en batterie.

6- Proposer une trêve
Si l'escalade des murailles se solde par un succès, l'assaillant, chevaleresque, doit offrir une nouvelle chance à son ennemi de rendre les armes sans perdre la face ou proposer une trêve. D'un autre coté, s'il n'est pas parvenu à creuser une brèche, il intensifie l'assaut.
En 1326, John Felton, le connétable du Château de Caerphilly au Pays de Galle résiste pendant quatre mois au siège commandité par la reine Isabelle. Bien que la forteresse se défende vaillamment, John Felton entame des négociations et obtient une amnistie en 1327.

7- Sortir la grosse artillerie
La plupart des machines de guerre médiévales ont été imaginés par les Grecques, les Romains et des Chinois. Le mathématicien grec, Archimède, mort au siège de Syracuse en 212 avant J.C., est l'inventeur de plusieurs machines de guerre comme la catapulte ou le bras mécanique utilisé dans le combat naval. Il est également à l'origine du principe de la meurtrière et de l'odomètre qui permettait de mesurer les distances. Les romains ont également légués deux machines de guerre importantes : l'onagre (l'ancêtre du mangonneau), un engin de jets offensif, et la baliste, une sorte d'arbalète géante. En dépit de son manque de précision, le mangonneau, s'avère plutôt efficace pour percer les murs de pierre ou abattre les créneaux d'un château.
Le mangonneau a été utilisé notamment lors du siège de Paris par les Vikings en 885, celui d'Acre en 1191, ou encore en 1216 pendant le siège de Douvres.
La baliste, dont la portée maximale est d'environ 500 mètres, sert de base aux Romains pour la conception d'armes plus petites, à répétition comme le polybolos et le scorpion, ou portatives comme la Cheiroballistra et la carroballista.
Ces armes sont abandonnées au Moyen-Age, au profit de d'engins à contrepoids comme la pierrière, la bricole et le trébuchet.
Le trébuchet est l'arme la plus redoutée du Moyen-Age. Apparue au XIIème siècle, cette pièce d'artillerie est utilisée pour détruire les murailles du château ou lancer des projectiles par dessus les remparts. Selon la Canso de la crosada (Chanson de la Croisade albigeoise ), Simon de Montfort aurait utilisé un trébuchet lors du siège de Castelnaudary en 1211.
En 1304, Edouard Ier d'Angleterre, qui est féru d'engin de guerre, utilise pas moins de 13 pièces d'artillerie lourde lors du siège du château de Stirling en Écosse.

8- Bombarder l'ennemi sans relâche
Les canons et les bombardes ou bombardelles apparaissent au 13ème siècle mais il faut attendre encore une centaine d'années pour qu'ils se généralisent.
Lors du siège d'Harfleur en 1415, Henri V d'Angleterre fait un usage intempestif des canons. Les boulets détruisent la barbacane et les assaillants menacent d'incendier le château. Les Français sont obligés de se rendre.

9- Utiliser les armes biologiques
Outre les pierres, l'assaillant peut utiliser les engins pour balancer des corps ou carcasses d'animaux infectés par des maladies. Le but est de propager des épidémies dans la place forte.
En 1346 à Kaffa, sur la péninsule de Crimée, les attaquants Mongols et Tartares jettent les dépouilles de leurs camarades mots par-dessus les remparts de la cité portuaire. Il semble que c'est ainsi que les soldats génois ont ensuite importé la peste noire dans toute l'Europe.

10- Enfoncer la porte principale
Pendant qu'une partie de la troupe escalade les murailles du château, les autres tentent de forcer l'entrée principale de la forteresse. La technique consiste à mettre le feu à la lourde porte et au blindage des tours en bois. Les défenses en maçonnerie sont martelées à l'aide de pics, de barre de fer et de tous autres outils à disposition. C'est là qu'interviennent le fameux Bélier et un autre engin mobile, appelé Chat.

11- Saper les fondations
Si la forteresse résiste à la grosse artillerie et si l'ennemi s'entête à poursuivre la bataille, il reste l'option souterraine.
Si le sol n'est pas trop dur, le travail de sape ou de mine peut commencer. Il s'agit de creuser, sous la muraille, des galeries soutenues par des poutres de bois. On y introduit ensuite des combustibles (pois, souffre, bitume ou graisse de cochon) que l'on enflamme. Grâce à ces brèches, on peut faire s'écrouler la courtine. Le seul moyen dont dispose le défenseur pour parer cette attaque est de creuser une autre mine pour tenter d'intercepter l'assaillant.
En 1215, Jean sans Terre assiège le château de Rochester tenu par Guillaume d'Aubigné lors de la rébellion baronniale. En dépit de ses 5 machines de guerre, le roi d'Angleterre ne parvient pas à faire céder les remparts. Après 7 semaines de siège, il se décide à appeler les mineurs à la rescousse. Les sapeurs parviennent à créer une brèche dans le mur extérieur où les soldats s'engagent immédiatement. Les nobles dissidents se réfugient dans la grande tour du donjon mais les mineurs parviennent rapidement à entamer l'angle sud-est de l'imposante bâtisse. Le roi Jean fait ensuite venir les carcasses avariées de 50 porcs qu'il utilise comme combustible pour parachever le travail de sape. Les rebelles sont obligés de se rendre. A titre d'exemple, Jean sans Terre ordonne qu'on leur coupe les mains et les pieds.

12- Négocier la reddition
Les conditions de la reddition de la place de Monguyon au comte de Dunois, en 1421 sont bien connues. Une série de 10 articles établit minutieusement le déroulement des opérations. Les défenseurs devront notamment quitter la place forte et y abandonner l'artillerie sans l'endommager. Les prisonniers de guerre et les partisans du roi resteront sur-place. Un délai de réflexion de 15 jours sera accordé aux assiégés. Ceux qui le souhaiteront pourront prêter serment au roi de France et lui léguer leurs biens en gage de loyauté.
En 1244, après 8 mois de résistance contre les Croisés, Pierre-Roger de Mirepoix doit capituler. Les conditions de la reddition de la forteresse cathare de Montségur prévoit que la vie des soldats, des laïcs et des Parfaits qui renieront leur foi sera épargnée. Les autres bénéficieront de 15 jours de trêve pour se préparer au bûcher et recevoir les derniers sacrements. Au total, 200 cathares refusent d'abjurer leur foi et sont brûlé vifs. Une garnison royale reste stationnée à Montségur jusqu'au 17ème siècle.



Source : Historynet

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