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La bibliothèque secrète d'Ivan le Terrible

La vie d'Ivan IV Grozny dit le Terrible (1530-1584), le sanguinaire premier Tsar de Russie, est ponctuée de mystères dont celui ultime de sa mort. Parmi ceux qui intéressent le plus les Russes, il y a l'énigme de sa bibliothèque secrète. Le tsar en aurait hérité de sa grand-mère, Sophie Paléologue (vers 1455-1503), nièce du dernier empereur byzantin et épouse du prince Ivan-le-Grand (1440-1405).

La collection byzantine aurait été transférée de Constantinople à Moscou à la demande de Constantin XI (1405-1453) qui espérait la soustraire au pillage des Ottomans et à la convoitise du Vatican. Si plusieurs versions viennent contredirent cette thèse, on sait que la bibliothèque perdue recélait des trésors inestimables pouvant changer notre vision de l'histoire antique et médiévale.
Si on en croit les chroniques, une centaine de charrettes, chargées de 300 caisses de livres anciens, seraient arrivées à Moscou. On sait par ailleurs que Sophie Paléologue a fait construire une pièce souterraine afin que ses trésors soient préservés des incendies qui ravageaient ponctuellement les bâtiments en bois de sa capitale. Des humanistes Grecs l'ont accompagnée dans l'exil imposé par son mariage, bientôt rejoints par des savants et d'artistes italiens. Aristotile Fioravanti (vers 1414-1486) s'est rendu à Moscou en 1475 pour répondre à l'invitation d'Ivan III qui souhaitait lui confier l'édification de la cathédrale de la Dormition, ainsi qu'une résidence d'une résidence digne de son nouveau prestige. L'architecte italien aurait réalisé à cette occasion un coffre à livres destiné à être placé dans les souterrains du Kremlin (citadelle de la ville).
En 1518, à la demande du grand-prince Vassili III, le Moine et humaniste Maxime le Grec (1480-1556), se rend en Russie où il apporte de précieux manuscrits et se consacre à la traduction de livres. C'est lui qui aurait révélé l'emplacement de la bibliothèque de Sophie à Ivan-le-Terrible après avoir établi la liste exhaustive de ses trésors. Elle rassemblait alors plus de 800 manuscrits en grec, en latin, en hébreu et en arabe. Outre les rouleaux de papyrus égyptiens, on y trouvait des textes d'Aristophane, Cicéron, Homère, Pindare, Polybe, Suétone, Virgile, etc. Plus tard, s'y seraient ajoutés les premiers ouvrages en langue russe et les traductions commandées par Ivan-le-Terrible à ses scribes, sans d'aucun n'ait accès à la collection complète. La bibliothèque remplissait alors trois salles complètes. Selon la légende, Ivan-le-Terrible qui avait sombré dans la folie, aurait fait creuser des galeries sous le Kremlin, quelques années avant sa mort, puis fait assassiner tous les ouvriers afin de protéger son secret. Selon les uns, Il y aurait fait construire une chambre de torture ; les autres pensent qu'il s'agissait d'un caveau pour protéger sa bibliothèque.

Il semble qu'Ivan-le-Terrible soit mort sans jamais révélé l'emplacement de son trésor et les historiens sont partagés sur son devenir. Selon certaines hypothèses, la précieuse collection de livres aurait disparu lors des incendies de 1547, 1571 ou 1611. Elle aurait pu également être déplacée à Serguiev Possad, une ville située à 70 km au nord de Moscou que le tsar avait dotée d'un ensemble grandiose de bâtiments et d'églises et où il avait transféré la cour.
Les tsars qui lui ont succédé tel Pierre-le-Grand (1672-1725), les serviteurs du Vatican et les dirigeants soviétiques se sont appliqués à en retrouver la trace, perquisitionnant les fondations labyrinthiques du Kremlin sans succès. Après l'assassinat du bolchevique Sergueï Kirov, en 1934 à Léningrad, qui marque le début des Grandes Purges de la période stalinienne, les autorités ont interdit l'accès aux souterrains, mettant un point final aux recherches.
De nombreuses hypothèses ont été avancées depuis le 16ème siècle. D'aucuns pensent que les entrailles de la ville de Moscou regorgent de secrets. Les tsars y aurait aménagé de véritables bunkers souterrains et des cryptes gigantesques dans le but d'y cacher leurs plus précieux trésors. A la fin du 18ème siècle, la Grande Catherine (1729-1796) fit venir des architectes italiens afin de construire des canaux et bassins souterrains destinés l'aménagement de la rivière Neglinnaïa qui encerclait le Kremlin et le Kitaï-Gorod (quartier situé dans l'enceinte médiévale). Au fil du temps, le sous-sol moscovite s'est doté d'un système d'égouts, de conduites de gaz et de lignes de métro, d'abris anti-atomiques, de salles secrètes pour les élites politiques et de postes d'écoute pour le KGB. C'est un entrelacs de galeries souterraines qui fascine les spéléologues citadins tel Vadim Mikhailov qui les explore depuis plusieurs années. Le millionnaire German Sterligov, qui se passionne pour l'histoire de son pays, est convaincu qu'il faut concentrer les fouilles à l'extérieur du Kremlin, dont la police stalinienne a déjà exploré chaque centimètre du réseau souterrain en son temps. La chasse au trésor a été relancée en 1997, par Iouri Loujkov, le maire de Moscou,à l'occasion de la célébration des 150 ans de la ville. Toujours sans succès, à l'exception d'une catacombe où les archéologues ont pu identifier les squelettes des victimes de la police secrète d'Ivan-le-Terrible. Une dizaine d'années plus tôt, un projet immobilier près de la Tour Spasskaïa (ou Tour du Sauveur) a conduit à l'exhumation d'un trésor viking et d'artefacts abandonnés lors des invasions mongoles.

En dépit des découvertes que le sous-sol moscovite a révélé au public, certains historiens restent sceptiques quant à l'existence même du trésor littéraire d'Ivan le Terrible. Les sources manuscrites sont en effet contradictoires, notamment en ce qui concerne le transfert de la bibliothèque des empereurs byzantins en Russie.
Selon Knut Kleve de l'Université d'Oslo, la première bibliothèque de Constantinople, construite sous la direction du haut fonctionnaire Thémistios (317-388) sous l'empereur Constance II (317- 361), ne comptait pas moins de 100 000 volumes mais aurait été partiellement détruite par les incendies. Selon certains témoignages, elle aurait brûlé lors du siège de Constantinople par les Croisés en 1204. Pendant trois jours, les soldats de Dieu se livrèrent à un horrible pillage pendant lesquels des œuvres antiques et médiévales ont été détruites ou volées. Les Croisés, dont la plupart ne savent pas lire, se promènent avec des livres plantés au bout de leurs lances. On sait qu'un autre incendie eu lieu le 29 mai 1453, qui marque la chute de Constantinople. De nombreux manuscrits seraient pourtant passés d'Orient en Occident lorsque les savants se réfugièrent en Italie, après la prise du dernier état grec de Trébizonde, apportant avec eux le reste de leurs bibliothèques. Mais, si on en croit les sources, la majeure partie de la bibliothèque aurait été conservée. Un extrait de l'Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, éditée entre 1751 et 1772, vient appuyer cette thèse. Dans l'article Bibliothèque on peut lire: «La bibliothèque des empereurs Grecs de Constantinople n'avoit pourtant pas péri à la prise de cette ville par Mahomet II. Au contraire ce sultan avoit ordonné très-expressément qu'elle fût conservée, & elle le fut en effet dans quelques appartements du sérail jusqu'au règne d'Amurath IV, que ce prince, quoique Mahométan peu scrupuleux, dans un violent accès de dévotion, sacrifia tous les livres de la bibliothèque à la haine implacable dont il étoit animé contre les Chrétiens. C'est-là tout ce qu'en put apprendre M. l'abbé Sevin, lorsque par ordre du roi il fit en 1729 le voyage de Constantinople, dans l'espérance de pénétrer jusque dans la bibliothèque du grand-seigneur, & d'en obtenir des manuscrits pour enrichir celle du Roi». La bibliothèque byzantine aurait donc survécu jusqu'au règne du sultan ottoman Amurath IV dit Mourad IV (1612-1640).

Certes, les divers témoignages que nous possédons, et qui ont pu être manipulés ou incompris, ne permettent pas d'affirmer avec certitude que tout ou partie de la bibliothèque Byzantine ont pu être transféré en Russie. Ils nous apprennent cependant que les livres pouvaient voyager, être recopiés en plusieurs exemplaires, revendus par les pilleurs ou épargnés par les conquérants. Le papyroloue Knut Kleve, cite l'exemple du calife Omar Ier (581-644) qui, lors de la conquête d'Égypte en 642 donne l'ordre à son chef militaire de détruire la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Or, il semble qu'Amr ibn Al-'As ne lui obéit pas totalement. Il utilise des tampons pour indiquer les livres jugés hérétiques et qui doivent être brûlés. Les autres sont sans doute sauvés.
En ce qui concerne la bibliothèque d'Ivan-le-Terrible (qu'elle ait ou non été enrichies de manuscrits grecs) il n'existe, à ce jour, aucune preuve matérielle qu'elle soit prisonnière des souterrains moscovites.

Source: Unsolved Mysteries in the World

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