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Les richesses archéologiques de Tell al-Fakhariya

Tell al-Fakhariya (littéralement la butte aux tessons de poteries) est situé près de Ra's al-'Ayn, au Nord-est de la Syrie, dans la province d'Al-Hasaka. Cette région est alimentée par la rivière Khabur, qui prend sa source dans le sud-est de la Turquie et traverse l'est de la Syrie avant de se jeter dans l'Euphrate. Le site a été occupé depuis le 2ème millénaire avant J.C jusqu'à la période islamique (soit le 8ème siècle de notre ère). Les vestiges archéologiques, datant des périodes assyriennes, romaines, byzantines et islamiques, sont le témoignage vivant des civilisations qui se sont succédées sur ce territoire.

Le site, qui mesure environ 90 hectare sur 12, est repéré par l'orientaliste, Max Freiherr von Oppenheim (1860-1946) alors qu'il mène une campagne de fouilles à Tell Halaf. En 1929, il y dépêche deux architectes, Felix Langenegger et Hans Lehmann, afin de réaliser une étude topographique du tumulus. Le déclenchement de la seconde guerre mondiale contrarie les plans de l'archéologue allemand puisque les Français confient l'exploration du site à une équipe américaine, dirigée par Calvin McEwan de l'Institut Oriental de Chicago. La mission tourne court en 1940, suite aux demandes réitérées des Syriens, fidèles au régime de Vichy. Les Américains ont néanmoins fait de remarquables découvertes. Parmi celles-ci, un bâtiment néo-Assyrien, des sculptures en ivoire et des tablettes en argile datant du règne de Tukulti-Ninurta Ier (1244-1208 avant J.C). Durant l'hiver 1955/56, l'archéologue belge, Anton Moortgat (1897-1977) se rend à Tell Fakhariyah pour y effectuer deux sondages. Les niveaux inférieurs révèlent des tessons de poteries, originaires de Nuzi (l'antique cité mésopotamienne) et Habur (ville frontalière entre la Turquie et l'Irak actuelles). Les poteries sont caractéristiques du Royaume de Mitanni et amènent les chercheurs à penser qu'al-Fakhariya est le site de l'ancienne capitale, Washshukanni.

En 1979, un agriculteur local découvre, par hasard, la statue d'un gouverneur assyrien datant du 9ème ou du 8ème siècle avant notre ère. Elle présente une inscription bilingue, en caractères cunéiformes et en alphabet araméen, qui permet aux chercheurs de retracer son origine depuis le temple dédié à une divinité de Guzana (ou Halaf) dans la ville de Sikani. Les spécialistes émettent alors l'hypothèse que Sikani (le nom donné à Tell Fakhariyah durant l'âge de fer) serait un dérivé de Washshukanni, la capitale de l'empire Mitanni à l'Age de Bronze. Le décryptage de l'inscription a été confirmé par une analyse pétrographique comparative avec des tablettes en argiles, originaires de Washshukanni et envoyées au pharaon Aménophis III. Cette étude a permis de montrer que l'argile provenait d'une zone géologique proche de Tell Fakhariyah.
En 1996, des ouvriers, travaillant sur un chantier de construction sur le site de Tell Fakhariyah, exhument une statue romaine datant du 2ème siècle. Celle-ci vient de la Basse-ville, un faubourg qui occupait une superficie de 70 hectares et qui vît sans doute naître la cité romano-byzantine de Resaina. Cette découverte a donné lieu à une nouvelle campagne de fouilles, à l'automne 2001, sous la direction d'Alexander Pruß (Université de Halle-Wittenberg) et d'Abd al-Masih Bagdo (Département des Antiquités Syriennes). Au cours de cette saison, les archéologues ont découvert les fondations d'un bâtiment plus ancien que celui mis à jour en 1940 par l'Institut Oriental de Chicago.

Depuis 2005, les fouilles sont conduites par une mission allemande de l'Université Libre de Berlin, en collaboration avec le Musée de Damas. L'équipe du Dr. Dominik Bonatz a réalisé une nouvelle étude topographique de la zone ouest du site, montrant que le tumulus (ou citadelle) est constitué de cinq niveaux archéologiques. Le premier niveau a révélé les vestiges d'une pièce en pierre et en pisé, datant du 10ème siècle de notre ère. Le second niveau est daté de l'ère byzantine, tandis que le troisième est constitué d'un plancher pavé remontant à la période gréco-romaine. Deux cimetières araméens ont été exhumés au quatrième niveau, ainsi que les vestiges de deux maisons assyriennes au 5ème. En dépit de ces nombreuses avancées, les archéologues n'ont pas encore trouvé la preuve formelle que Tell Fakhariyah est bien le site de l'ancienne capitale du royaume de Mitanni. Le projet devrait donc se poursuivre encore quelques saisons.

Source: Global Arab Network

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