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Une histoire de la chemise en couleurs

Pour faire écho à la brève histoire du pantalon féminin, je vous propose aujourd'hui celle de la chemise masculine... qui en a vue aussi de toutes les couleurs ! En effet, contrairement à l'idée reçue, les jeunes membres des gangs américains ne sont pas les premiers à afficher leur appartenance grâce à leurs vêtements. Depuis la Rome antique, en passant par la période noire de la seconde guerre mondiale, et jusqu'à la crise politique qui déchire actuellement la Thaïlande, la chemise permet d'exposer la couleur des idées de son propriétaire.

Le choix d'une couleur de chemise n'a donc pas toujours été qu'une simple affaire de goût, de mode ou d'esthétisme professionnel. Parmi les premiers martyrs Chrétiens, déjà, il existait des factions qui se distinguaient par le port d'un vêtement de teinte particulière. De même les attributs rouges sang des Romains symbolisaient-ils la liberté et les chemises noires, portées par les fascistes italiens, représentaient-elles le pouvoir en place.
Le rouge fût aussi la couleur des troupes de Garibaldi (1807-1882) pendant les campagnes militaires qui ont abouti à l'unification et à l'indépendance de l'Italie. Ce choix, n'est pas né d'un simple caprice mais d'une nécessité bien réelle. En 1843, alors que le militant italien est en exil en Uruguay, la guerre fait rage entre le nouveau gouvernement présidé par le général Fructuoso Rivera et Juan Manuel de Rosas, le dirigeant de la Confédération Argentine. Garibaldi est alors sollicité pour prendre la tête d'une troupe de mercenaires appelée La Legión Italiana (Légion Italienne), composée d'immigrés italiens de Montevideo. Face à lui, il y a une armée d'hommes bien mal vêtus. L'Italien fait alors appelle aux patriotes qui lui réquisitionnent un lot de chemises rouges destinées aux ouvriers des abattoirs de Buenos Aires. Quand Garibaldi rentre en Italie, les Camicie rosse font leur réapparition dans les rangs de ses disciples. Plus tard, les chemises rouges deviennent le symbole du républicanisme.
En Thaïlande, elles sont l'uniforme des partisans du Front National Uni pour la Démocratie et Contre la Dictature, qui s'opposent aux Chemises jaunes (la couleur de la monarchie), les membres de l'Alliance pour la Démocratie Populaire fondée par le magnat de la presse, Sondhi Limthongkul. Les Chemises Rouges sont au départ les supporters du milliardaire Thaksin Shinawatra, évincé du pouvoir le 19 septembre 2006, à la suite d'un coup d'Etat militaire. En mars dernier, les membres de ce mouvement sont descendus dans les rues de Bangkok, déclenchant une "Marche Rouge", pour appeler à la démission du gouvernement.

Lorsque Benito Mussolini arrive au pouvoir, en novembre 1922, l'un de ses premiers actes politiques consiste à bannir le port de la chemise rouge, symbole de liberté et d'unité. Le noir est la couleur associée aux "squadristi" fascistes, composées à l'origine des troupes de choc de la Première guerre et issu d'un premier mouvement crée, le 7 janvier 1919, par l'ultra-nationaliste Mario Carli. En mars de la même année, Benito Mussolini convoque une assemblée générale qui se réunie dans une salle de la piazza San Sepolcro à Milan, prêtée par le Cercle des intérêts industriels et commerciaux. Parmi les personnes ayant répondu à l'appel, il y a les fondateurs de diverses associations paramilitaires, dont celles de Mario Carli, de Marinetti et de Giuseppe Bottai. Ils décident alors de créer les Faisceaux italiens de combat. Leur uniforme est composé d'une culotte grise à jambière, d'une chemise noire et d'une calotte à gland. Ce sont eux qui permettent l'accession de Mussolini au pouvoir, lors de la Marche sur Rome. Plus tard, lors de la délibération du Grand Conseil du fascisme en janvier 1923, est créée la Milice Volontaire pour la Sécurité Nationale (MVSN), appelée communément les Chemises noires. La milice est chargée au maintient de l'ordre et n'obéit qu'au président du conseil. Les effectifs des Camicie Nere passent de 17000 hommes en 1919 à 800 000 en 1938, qui finissent par se fondre dans l'armée. Les Chemises noire s'illustrent d'abord tristement par leurs méthodes expéditives (coups de bâtons, incendies, usage de l'huile de ricin…) puis sont envoyées en Ethiopie et, sur le front, après le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale.
En 1925, en Allemagne, les membres de la Section d'Assaut (Sturmabteilung ou SA) adoptent également un sombre uniforme, auquel ils doivent leur nom : les Chemises Brunes. Créées par Adolf Hitler en 1921, celles-ci œuvrèrent pour l’avènement du Troisième Reich, jusqu’à ce que le dictateur nazi décide de s'en débarrasser, lors de la « nuit des longs couteaux » en 1934.

En réalité le fascisme a adopté, au cours de l'histoire, plusieurs couleurs de l'arc-en-ciel.
Au début des années 30, le nationaliste irlandais, Eoin O'Duffy (1892-1944), fervent admirateur de Benito Mussolini, décide d'adopter les symboles extérieurs du fascisme italien, tel que le salut romain. Il impose également un uniforme de couleur bleue aux membres de son mouvement, l'Association de Camarades de l'armée, qui devient le National Guard. Ceux-ci sont bientôt affublés du surnom de Blueshirts (Chemises Bleues). Le père de la Nation libre d'Irlande, De Valera (1882-1975), alors président du Conseil exécutif, déclare l'illégalité de l'organisation en septembre 1933. En réponse, O'Duffy créé la League of Youth et fusionne avec le Fine Gael dont il devient le premier chef.
La couleur verte, qui est aujourd'hui associée à l'Irlande, s'est imposée au 18ème siècle. Le choix revient aux Volontaires Irlandais, une milice fondée à Belfast en 1778 et qui se fond, par la suite, dans Société des Irlandais Unis. Ce nouveau mouvement déclenche la rébellion indépendantiste en 1798. Il arbore le Green Flag, un drapeau avec une harpe sur fond vert qui se popularise au cours du 19ème siècle, avec l'émergence des nouveaux mouvements nationalistes. Il est officiellement remplacé en 1922 (dans État libre d'Irlande), par un drapeau tricolore (vert, blanc, orange) imaginé par le nationaliste Thomas Francis Meagher (fondateurs du mouvement révolutionnaire Jeune Irlande) et inspiré du drapeau français, né de la Révolution. Le fameux vert irlandais est aussi celui du trèfle à trois feuilles, utilisé par St Patrick pour expliquer la Sainte Trinité aux futurs catholiques. Il est désormais associé à la fête nationale irlandaise, la Saint-Patrick, où il est coutume de s'habiller de vert.
Le vert est aussi la couleur d'une organisation d'extrême droite paysanne, fondée par Henri d'Halluin alias Henry Dorgères (1897-1985) en 1934. Les Chemises vertes regroupent des agriculteurs et des éleveurs prônant les vertus de la France rurale, militant pour la parité entre paysans et citadins, et réclamant l'instauration d'un état autoritaire. Les grèves, organisées par ces sections d'assaut, sont d'abord mises en échec par Léon Blum puis le mouvement s'éteint de lui-même à la veille de la guerre. En France, un autre mouvement, Les Camelots du Roi, s'est distingué en adoptant la couleur bleue royale. Ses membres, rassemblant une organisation de jeunesse monarchiste créée en 1908, sont chargés de vendre à la criée le journal L'Action française, fondé par Henri Vaugeois et Maurice Pujo. Elle a sévi fortement pendant la période de l'entre-deux-guerre, sous la houlette de Charles Maurras. Dissoute en même temps que les ligues d'extrême droite, le 18 janvier 1936, cette organisation nationaliste a néanmoins survécu jusqu'à aujourd'hui et compte environ 200 militants en région parisienne.

Il serait laborieux d'établir un catalogue de toutes les couleurs de chemises, qui ont servi d'étendards aux hommes de convictions, depuis que le monde est monde. Phalaris, le tyran d'Agrigente (vers 570-554 avant J.C.) avait ses chemises grises, tout comme les partisans de Karl Marx en Russie ou l'extrémiste américain, William Dudley Pelley (1890-1965), le fondateur de la légion d'argent en 1933 dont les membres étaient surnommés les Silvers Shirts (Chemises d'argent). L'histoire la plus connue, est celle de la chemise d'Hercule/Héraclès dont la funeste fin est relatée dans une tragédie de Sophocle, les Trachiniennes. Son épouse Déjanire, à laquelle il est infidèle, lui offre une tunique trempée dans le sang du centaure Nessus. Ce filtre d'amour, sensé lui rendre son époux, s'avère être un cadeau empoissonné, souillé par l’Hydre de Lerne. Rendu fou par la souffrance, Hercule élève un bûcher sur le mont Oeta et s'y jette. Hercule est emporté vers l'Olympe (par Zeus, Athéna ou Hermès selon les versions) où il est consacré dieu des éphèbes et devient donc immortel. Par ailleurs, il épouse Hébé, la déesse de la jeunesse.

Source: Men's Shirts. Symbols of Revolt? par Allene Reynolds sur Suite101.com

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1 lien(s) pour “Une histoire de la chemise en couleurs”
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2 avis pour “Une histoire de la chemise en couleurs”
  1. La chemise est donc en fait un symbole de l'intransigeance dans le mauvais sens du terme, symbole de dictature et autres petits bonheurs !

    A bas la chemise alors !  ( A bas la calotte aussi pendant que l'on y est Clin d'oeil )

    Par Tekiro | mardi 25 mai, 07:51
  2. Message déplacé du Bonjour/bonsoir

    (15:51) makri125 -


    Bonjour,
    Je viens de lire votre article: "Une histoire de la chemise en couleurs". Il m'a beaucoup intéressé, car j'écris un mémoire sur l'expression d'une idéologie ou appartenance politique, sociale, économique ou même religieuse par le simple vêtement qu'est la chemise. Je trouve, par ailleurs, votre article bien plus complet que celui indiqué comme source. Aussi j'aimerai vous demandé s'il est possible que vous m'envoyer quelques sources qui puissent m'être très utile. 
    Merci grandement.

    Par Michey | mardi 6 juillet, 17:17
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