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Le Jour des barbares - Alessandro Barbero

Andrinople, 9 août 378. Qui connaît ce lieu? Qui connaît cette date? Si beaucoup de personnes considèrent 476 comme la chute de l'empire romain d'occident, 378 la bataille de d'Andripole marque le pas dans le vide qui entraîna cette chute. Véritable révélateur d'un empire trop grand pour être géré, Andripole est le début de la fin.


Le jour des barbares, un livre d'Alessandro Barbero, présente d'une manière très didactique cette bataille et les contextes avant et après l'événement. 378, l'empire romain est encore puissant. Trop grand pour être géré par un seul homme, il est divisé en deux parties: orientale et occidentale. A chacun son empereur, à chacun ses barbares. Facile, tout ce qui n'est pas romain est barbare. La différence n'est cependant pas si simple: l'empire est une structure à la fois extrêmement «nationaliste» (même si le terme est particulièrement mal choisi) et très progressive. L'empire est vaste; il a besoin d'hommes pour le peupler et activer son économie. Les barbares y sont les bienvenus à condition qu'ils s’intègrent dans sa structure. Une fois intégrés, les barbares ont accès à toutes les fonctions impériales. Il ne faut cependant pas dresser un portrait idyllique de cette situation, les étrangers sont principalement cantonnés aux rôles de main d’œuvre bon marché et seule l'élite peut prétendre à la belle vie.

Au niveau externe, l'empire est une force économique incontournable, une force militaire redoutée. L'empire agit de manière paternaliste avec ses voisins directs. Entre la carotte et le bâton, elle tente de maintenir la paix sur ses frontières. Les Germains, les Goths au nord sont canalisés. Ils vivent grâce aux subsides que leur versent les romains, et les quelques velléités frontalières sont généralement rapidement et sévèrement apaisées par les légions. A l'Est, c'est la guerre ouverte avec le deuxième grand empire de l'époque, les Perses. Au niveau interne, la situation est plus chaotique, les empereurs se font et se défont, le christianisme gagne en puissance, un triumvirat religieux s'installe entre polydéistes romains, chrétiens orthodoxes et ariens. Comme tout triumvirat qui se respecte, entre les clans c'est la guerre. Les ariens semblent bien placés avec Valens, empereur d'occident dans leur rang.

Les voisins directs de l'empire romain ont compris leurs intérêts et se sont souvent déjà romanisés. Cependant, la menace vient de seconds couteaux: les Huns. Ils apparaissent soudainement en Ukraine. Soudain doit ici être pris avec des précautions, les archives de cette époque et de cette place géographique sont rares: les Romains ne s’intéressent qu'aux Romains et les peuples frontaliers n'ont pas forcément d'archives ou même de langues écrites tout simplement. Les Huns arrivent de façon brutale dans l'Histoire. Ils apparaissent comme un peuple rudimentaire qui avance vers le Sud et l'Ouest en vague violente et instopable. Un vent de terreur les précédent. Entre les Huns et les Romains se trouvent les Goths, qui a la vue de l'avancée des Huns prennent peur et paniquent. Ils reculent vers le Sud et les frontières romaines.

Rome doit gérer cet afflux massif de barbares sur sa frontière. Son premier geste est de stopper les Goths, mais un rapide calcul montre que les Goths peuvent être une bonne main d’œuvre et un moyen de peupler rapidement les zones les plus désertes et donc de les rendre économiquement viables. Pragmatique, l'empereur de Byzance met en place une sorte de camp de réfugiés goths. Dans ce camp, les Goths sont logés et nourris en attendant qu'un fonctionnaire leur donne des zones affections à l’intérieur de l'empire. Manœuvre habile qui cependant échoue grâce à l'incompétence et la corruption de fonctionnaires qui monnayent les services du camp. C'est la révolte des Goths.

Invasion of the Goths into the Roman Empire, by O Fritsche

Révolte sans précédent, puisque l'attaquant est déjà à l'intérieur de l'empire. Les frontières ne sont plus d'aucune utilité. Suivent deux années de guerre de mouvement, de rapines et guerre de positions. Puis c'est 378 et le désastre de la bataille d'Andripole: l'armée romaine est battue à plate de couture par les Goths. L'Empire tremble devant les barbares.


Je m'arrête ici pour le résumé de ce livre qui traite également des suites et conséquences de cette bataille. Cet essai est, pour le moment (mais l'année touche à sa fin), le livre dont la lecture m'a le plus enthousiasmé. Je ne connaissais pas particulièrement ce sujet et j'avoue m'être totalement plongé dans cette Histoire. L'auteur montre d'une manière très simple la complexité de l'Empire et toutes les contradictions que ce monstre géographique doit gérer: diversités culturelles, religieuses, sociales... Des barbares moins sauvages que ceux souvent présentés. Le ton est extrêmement plaisant, l'auteur n'hésite pas à prendre parti et mettre en garde les lecteurs contre ses propres sources bibliographiques. L'utilisation d'un vocabulaire moderne pour décrire les différents systèmes mis en place par les Romains face aux barbares permet de faire (volontairement ou pas) d'étranges parallèles avec notre monde contemporain: action humanitaire, intégration... Une très bonne et intelligente lecture, pour un roman historique très historique.



Titre: Le jour des Barbares, Andrinople 9 août 378
Auteur: Alessandro Barbero
Editeur: Flammarion
Collection: Champs Histoire
Parution: août 2010
Nombre de pages: 291

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