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Le Temps de l'espérance - Joseph Kessel

A l’heure où il suffit de se brancher à un ordinateur pour surfer virtuellement dans le monde entier, où les nouveaux réseaux de communication révolutionnent le journalisme et où les "éditocrates" semblent dicter les lois de la pensée unique, les pionniers du reportage fascinent notre imagination. Tandis que les éditions Arléa publient les enquêtes et articles d’Albert Londres en collection de poche, Flammarion rééditent trois œuvres de Ryszard Kapuscinski. Joseph Kessel (1898-1979) étaient de ces écrivains-aventuriers, qui ont parcouru le monde et brossé le portrait d’une époque avec le panache et l’élégance d’une plume aguerrie au genre romanesque.

C’est l’émission de Stéphanie Duncan, Partir avec sur France Inter qui m’a donné envie de lire les Reportages de Joseph Kessel. L’invité était Olivier Weber, qui a consacré une biographie (Kessel : le nomade éternel, J’ai Lu, 2010) à l’auteur de L’Équipage (1923), des Captifs (grand prix du roman de l’Académie française en 1926), de Belle de jour (1928), de Fortune carrée (la version romanesque de son reportage Marché d’esclaves paru dans Le Matin et qui a fait date), de La passante du Sans-souci (1936), de L'armée des ombres (1944), du Lion (1958), des Cavaliers (1967),... Il faut dire que le Grand Reporter semblent avoir la côte en ce moment. Gallimard lui a consacré un "Quarto" regroupant ses Reportages et romans (1 288 pages), tandis que les éditions Tallandier ont réédité l’intégralité des articles rédigés par Joseph Kessel entre 1919 et 1964, soit 6 volumes dans la collection "Texto" :

Tome 1: Le Temps de l'espérance: 1919-1929
Tome 2: Les Jours de l'aventure: 1930-1936
Tome 3: L'Heure des châtiments: 1938-1945
Tome 4: La Nouvelle Saison: 1948-1954
Tome 5: Le Jeu du roi: Afghanistan, 1956
Tome 6: Les instants de Vérité: 1956-1964

Ce premier volume, qui marque les débuts de la carrière de Grand Reporter de Joseph Kessel, est un peu déroutant pour le lecteur contemporain. Ici, pas de sensationnalisme ni de prises de positions tranchées. Il s’agit plutôt d’une série de portraits, plus ou moins objectifs, et de commentaires sur la manière dont l’auteur a mené son enquête, les difficultés qu’il a rencontrées, ses sentiments davantage que ses opinions. Grâce à ce procédé, le lecteur n’est pas seulement spectateur de l’actualité, il est une sorte d’acteur par procuration. Je pense qu’il est inutile de revenir sur le soin apporté au style, à l’heure où les journalistes admettent éviter l’usage d’un vocabulaire trop compliqué pour être sûr d’être compris. Il y a néanmoins des passages qui nécessitent un certain recul. Le premier chapitre, qui s’ouvre sur le défilé du 14 Juillet 1919 (le premier après la Grande Guerre), semble un peu dépassé et le lecteur contemporain a du mal à se plonger dans l’atmosphère de liesse populaire décrite par Joseph Kessel. De même, les passages consacrés au Sinn Fein pendant le soulèvement de l'Irlande contre l'Angleterre, que Kessel couvre pour le quotidien La Liberté; et aux premiers sionistes de Palestine en 1926, sur lesquelles il enquête pour le compte de Paris Soir, nécessitent-ils de se replacer dans le contexte de l’époque. Néanmoins, on se sent vite gagné par l’enthousiasme de l’écrivain, son émerveillement sans cesse renouvelé pour le courage des uns et les défis des autres. Si certains commentaires peuvent heurter la sensibilité d’un lecteur d’aujourd’hui (tandis que les rebelles irlandais, les colons juifs et les premiers aviateurs de l’Aéropostale sont décrits comme des héros romantiques ; les Palestiniens, les indigènes en Syrie sous mandat français et les Bédouins du Rio de Oro sont généralement présentés comme de crasseux individus). Cependant, il suffit de tourner encore quelques pages pour se persuader que le journaliste ne pouvait être qu’un homme profondément humain et d’une curiosité insatiable pour les univers qu’il traversait. Dans sa préface, Joseph raconte comment il est entré, par chance selon lui, au journal des Débats alors qu'il était encore un tout jeune homme, sa fierté de travailler à la table où s'étaient assis Renan, Taine, Sainte-Beuve Balzac et Chateaubriand. Plus loin, dans le chapitre consacré aux Grandes ombres russes, il évoque sa rencontre avec le fils de Léon Tolstoï, le bonheur de partager une brève part de vie intime du grand romancier russe. Son admiration et sa spontanéité enfantine ne peuvent que toucher le lecteur. On partage moins, en revanche, son premier élan de compassion, lors du procès de l'ancien ministre Lucien Klotz, en juillet 1929. Quoi qu'il en soit, et surtout sans s'en rendre compte, on apprend beaucoup. Car les évènements qui font l'Histoire ne sont pas qu'une succession de faits, de dates et de chiffres. L'histoire est aussi une vision individuelle et collective qui s'inscrit dans les mémoires. Dans les reportages de Kessel, elle se lit comme un roman.

Titre: Le Temps de l'espérance : Reportages 1919-1929
Auteur: Joseph Kessel
Edition: Tallandier
Parution: février 2010
Pages: 283

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