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Alexander Willard et l'expédition Lewis & Clark : l'erreur est humaine

Début août, nous avons assisté à une conférence au Lewis & Clark Interpretive Center de Great Falls aux États-Unis, où une étudiante de l'Université du Montana nous a rapporté l'histoire d'un des membres méconnus de l'expédition scientifique dirigée par le capitaine Meriwether Lewis (1774-1809) et son second, William Clark (1770-1838), entre le 14 mai 1804 et le 23 septembre 1806.

Il s'agit du forgeron Alexander Hamilton Willard (1778-1865) qui, en dépit de quelques erreurs prêtant à sourire, nous apparaît sous les traits d'un intrépide pionnier de l'ouest américain. Son histoire, et en particulier les anecdotes, nous sont connues grâce à quelques entrées des journaux de Lewis et Clark.

On sait qu'Alexander Hamilton Willard Senior est né en juillet 1777 à Charlestown dans le New Hampshire. Il déménage ensuite dans le Kentucky. En 1800, soit à l'age de 22 ans, il est enrôlé dans le corps d'artillerie de l'armée américaine. En 1803, lorsque le président Jefferson obtient l'accord du congrès pour son projet d'exploration le long de la rivière Missouri, dont le but majeur est de trouver un débouché maritime à l'ouest, Alexander Willard est l'un des premiers volontaires à rejoindre l'équipe de Meriwether Lewis. Il est recruté comme l'un des assistants de John Shields, le forgeron du corps expéditionnaire. La tache d'Alexander Willard consiste donc à réparer les outils durant toute la durée du voyage et à en produire dans le cadre des échanges avec les indiens, un emploi pour lequel il apparaît parfaitement qualifié. Ses mésaventures futures vont montrer qu'il n'est pas un aventurier né, mais qu'il saura tirer les leçons de son expérience au sein de l'expédition.


Willard commet une première erreur dans la nuit du 11 au 12 juillet 1804, alors qu'il est chargé de monter la garde. Elle aurait pu lui être fatale, ainsi qu'au corps expéditionnaire tout entier, puisqu'il s'endort à son poste. Il faut savoir que ce type d'infraction, dans l'armée, est puni par la peine de mort. Le jeune forgeron prétend, pour sa part, qu'il n'a pas sombré dans les bras de Morphée mais qu'il se reposait les yeux lorsqu'il a été surpris par le sergent John Ordway (1775 -1817). Il est finalement condamné à recevoir 100 coups de fouet, une punition qui, même pour l'époque et le contexte, reste relativement sévère.

Quelques jours plus tard, le 29 juillet, alors que l'équipe se trouve dans l'Iowa, Alexander réalise qu'il a oublié son tomahawk au camp, la nuit précédente. Il doit donc repartir sur ses pas et de parcourir seul 3 miles à pied (soit près de 5km) pour le récupérer, puis de rejoindre ses compagnons. Sur le chemin du retour, notre homme est de nouveau victime de sa maladresse puisqu'il fait tomber son fusil dans la rivière Boyer. La carabine s'enfonce profondément dans la boue, si bien qu'il doit appeler à l'aide. Les capitaines envoient plusieurs hommes en bateau et Reubin Field (1771-1823), l'un des compagnons de Willard, plonge pour retrouver le fusil.


L'année suivante, après un long hiver passé à Fort Mandan dans le Dakota du Nord, William Clark rapporte dans son journal une autre mésaventure du forgeron. Le 18 juin 1805, alors que le convoi passent à pied le long des chutes du Missouri dans le Montana pour rejoindre les Rocheuses, Willard se voit confié la mission de rapatrier les provisions de viande déposées sur une île. Alors qu'il se trouve à quelques mètres de son but, il tombe littéralement nez à nez avec un ours blanc. Comme n'importe qui d'autre à sa place, le jeune homme prend ses jambes à son cou et tente de fuir le plus loin possible. Le problème est qu'il se dirige droit vers le campement, et en particulier de la tente de son chef. L'ours a en effet reniflé l'odeur d'un buffle que le capitaine Clark avait abattu un peu plus tôt sur la fameuse île. Clark dépêche trois hommes pour chasser l'agressif mammifère. L'île en question a été surnommée White Bear Island en mémoire de cet événement.

Les supérieurs de Willard ne semblent lui avoir tenu rigueur de ses erreurs. En effet, dans une entrée du journal du capitaine Lewis, en date du 15 août 1805, on apprend que son nom a été donné à une rivière, la Willard’s Creek, située à quelques kilomètres de Bannack (aujourd'hui une ville fantôme) dans le Montana. La rivière sera renommée Grasshopper Creek, 60 ans plus tard, lorsque sera découverte l'une des premières mines d'or du Montana.


Un mois plus tard, le 18 septembre 1805, Willard commet pourtant une nouvelle bévue. Les membres de l'expédition, qui prévoient de remonter le fleuve Columbia au printemps 1806, doivent acquérir des chevaux. Clark enrôle Alexander dans son équipe de six chasseurs-éclaireurs et décide de l'utiliser comme messager avec l'arrière-garde. Le forgeron sait bien que les chevaux sont précieux. Pourtant, il attache si mal le sien que celui-ci s'échappe, provoquant la colère légitime du capitaine Lewis. Celui-ci se plaint dans son journal que la négligence de Willard leur faire perdre du temps. Envoyé à la recherche de sa monture, il rejoint ses compagnons quelques heures plus tard sans l'avoir retrouvée.

Les mésaventures d'Alexander Willard ne s'arrêtent pas là. On sait, par exemple, qu'il se blesse gravement au genou avec un tomahawk, lors d'une partie de chasse en février 1806. Un peu plus tard, à Fort Clatsop dans l'Oregon, le forgeron souffre d'une mystérieuse maladie, à l'instar de son collègue William Bratton (1778-1841) qui ne guérit pas avant le mois de mars 1806. Enfin, Willard échappe par deux fois à la noyade en août de la même année.


En dépit de toutes les péripéties auxquelles il est confronté,Alexander Hamilton Willard survit à l'expédition Lewis & Clark. Rentré sain et sauf à Saint-Louis dans le Missouri, le jeune homme épouse Eleanor Mcdonald, le 14 février 1807, avec laquelle il aura 12 enfants. En 1808, Meriwether Lewis l'embauche à nouveau comme forgeron et l'envoi en mission auprès des nations amérindiennes Sauk et Fox. L'année suivante, il occupe le même poste auprès des indiens Delawares et Shawnees. Il est ensuite enrôlé dans guerre anglo-américaine qui oppose les États-Unis à l’Empire britannique, entre juin 1812 et février 1815. On sait également, qu'en 1827, la famille Willard déménage dans le Wisconsin. Enfin, en 1852, soit à l'age de 74 ans, Alexander Willard décide de tenter l'aventure de la ruée vers l'or et embarque toute sa famille dans un train à Plateville pour se rendre en Californie. Lorsqu'il s’éteint à Franklin près de Sacramento, à l'age de 86 ans, il est l'un des derniers survivants de l'expédition Lewis & Clark.

Sources:
The Journals of Lewis and Clark, 1804-1806 par William Clark et Meriwether Lewis
An Epic Journey with Lewis and Clark
Discovering Lewis & Clark
Lewis & Clark: The Journey of the Corps of Discovery

Images:
Alexander Willard et son épouse, Eleanor. Source: Wikipedia
Carte de l'expédition Lewis and Clark (1804-1806). Source: Wikipedia
L'expédition Lewis & Clark à Great Falls par Jim Carson
Fort Clatsop National Memorial. Source: Official site of the Astoria & Warrenton Area Chamber of Commerce

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1 avis pour “Alexander Willard et l'expédition Lewis & Clark : l'erreur est humaine”
  1. Passionnant , en passant je ne savais pas que la Louisiane vendue par la France aux USA avait une telle superficie, je pensais qu'elle se limitait à la Louisiane actuelle Quoi ?
    A coup sur si cette vente n'avait pas eu lieu, la face du monde en aurait été changée !

    Par Tekiro | samedi 13 août, 12:13
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