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Du poêle à tricoter à l'école maternelle

En cette période de rentrée scolaire, nous nous sommes intéressés à l'histoire de l'éducation en France. Le sujet étant trop vaste, nous avons décidé de nous focaliser sur l'éducation des jeunes enfants, à savoir la naissance des écoles maternelles, héritières des "petites écoles à tricoter" ou "poêles à tricoter" du 18ème siècle puis des "salles d'asile" ou "salles d'hospitalité".


L'ancêtre des écoles maternelles est née officiellement en 1770 dans le village de Belmont dans l'actuel Bas-Rhin, qui appartenait alors à la seigneurie du Ban de la Roche. On attribue généralement la création de ces lieux d'accueil pour les petits enfants à deux pasteurs et pédagogues alsaciens : Jean Georges Stuber (1722-1797), qui fonde la première bibliothèque de prêt du monde en 1762, et Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826), qui poursuit l’œuvre l'éducation de son prédécesseur. En réalité, dès 1767, Sara Banzet (1745-1774), la jeune servante du pasteur Stuber, réunit dans la seule salle chauffée de la maison de jeunes enfants auxquels elle dispense un enseignement adapté à leur age.
La journée de ses futurs ouvriers s'articule autour de l'apprentissage du tricot (3 à 4 heures). A cela s'ajoute, la lecture et l'écriture, le calcul mental, l'histoire naturelle et l' histoire biblique. A partir de 1769, Jean-Frédéric Oberlin décide d'étendre ce système éducatif à toute sa paroisse, se chargeant de louer des salles, d'engager et de former des jeunes filles avec l'aide de son épouse. Il réunit le matériel pédagogique nécessaire (jouets éducatifs,, lanternes magiques, appareils scientifiques) et fabrique lui-même des herbiers ou des pochoirs pour l'écriture. Si l'initiative ne se développe pas davantage sur le territoire français, elle inspire néanmoins des pédagogues animés par une même motivation philanthropique.


De l'autre coté de la Manche, dans la banlieue londonienne, le socialiste Robert Owen (1771-1858), pose les principes fondateurs d'un système pédagogique influencé par l'expérience de Jean-Frédéric Oberlin et les travaux du pédagogue suisse Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827) dont les principes ont été mis en pratique, dès 1805, dans son Institut de garçons à Yverdon-les-Bains. C'est ainsi qu'en 1816, Robert Owen ouvre lieux d'accueil pour les enfants des ouvrières de sa manufacture de coton à New Lanark en Écosse. Quatre ans plus tard, l'éducateur britannique, Samuel Wilderspin (1792-1866) ouvre la première "Infant School" à Spitalfields, un quartier situé à l'est de Londres. Ces établissements qui accueillent les enfants de quatre à sept ans selon des règles de disciplines très stricts, servent de modèles aux écoles d'Europe continentale et d'Amérique du Nord. Les petits élèves sont généralement placés sur des gradins et les leçons sont entrecoupées par des prières.
En France, l'une des pionnières est la marquise de Pastoret, Adélaïde Piscatory de Vaufreland (1765-1843). En 1826, celle-ci ouvre à Paris, l'une des premières "salles d'hospitalité" ou "salles d'asile", destinées à recevoir les filles délaissées des ouvrières. Deux ans plus tard, la fille d'un industriel protestant, Émilie Oberkampf (1794-1856) fonde son propre asile pour enfants, grâce à une souscription gérée par la banque de son mari.


Les salles d'asiles seront bientôt institutionnalisée par la Circulaire d'Adolphe Thiers, en mars 1833, puis par les lois Guizot en juillet 1833, et Falloux en mars 1850. Les salles d'hospitalité prennent le nom "d'écoles maternelles", une première fois le 28 avril 1848, à l'instigation de Marie Pape-Carpantier (1815-1848), directrice de la principale salle d’asile du Mans, puis officiellement en 1881.
La nouvelle école maternelle est une institution non obligatoire, mais gratuite et laïque. Elle est destinée à accueillir « des petits enfants de l’âge de deux à six ou sept ans, trop jeunes encore pour fréquenter les écoles primaires proprement dites, et que leurs parents, pauvres et occupés, ne savent comment garder chez eux ». Ces établissements mixtes doivent assurer le soin et la surveillance des petits enfants, mais aussi dispenser « les premiers principes de l’instruction religieuse et les notions élémentaires de la lecture, de l’écriture, du calcul verbal.(...) des chants instructifs et moraux, des travaux d’aiguille et tous les ouvrages de main ». On voit ici que le concept du poêle à tricoter n'a pas été totalement abandonné. On précise également que les élèves doivent pratiquer des mouvements de gymnastique gradués.
Le succès des écoles maternelles s'accroit tout au long du 19ème siècle, puisqu'on en compte déjà plus de 260 en 1837 et près de 3 580 en 1867.

Sources:
Article d'Alain Kerlan destiné aux élèves de l'Université Lyon 2
École maternelle en France sur Wikipédia.fr
Jean-Frédéric Oberlin par Marc Heilig sur le site Archeographe.net

Images:
La Classe manuelle, école de petites filles (Finistère) par Richard Hall (1857-1942). Musée des Beaux-Arts de Rennes
L'instruction à l'école maternelle par guignol, 1922. Agence Meurisse. Bibliothèque Nationale de France.
Ecole maternelle de plein air. Leçon de jardinage : l'arrosage, 1925. (Pantin, Seine). CEDIAS-Musée social, Paris.

Références
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